Le pouvoir est très souvent vécu comme un fromage par ceux et celles qui l’exercent longtemps. Par fromage, entendons ici un butin, un gâteau ou un avantage matériel à répartir au profit du clan au pouvoir (clan car le pouvoir ne s’exerce jamais seul).
Obtenir le pouvoir équivaut à avoir accès à ce fromage pour en manger sa part.
Il est perçu comme tel par beaucoup d’administrés.
Néanmoins, là ne se situe pas la question essentielle.
Dans l’attente d’un monde sans pouvoir, la question reste ce que celles et ceux qui le possèdent (le pouvoir) en font. Ce qu’ils/elles font et surtout ne font pas pour les autres qui n’en ont pas (de pouvoir).
En 1532, dans son traité politique « le Prince », Nicolas Machiavel nous apprend notamment au chapitre XXII intitulé « Des Ministres d’un Prince » qu’il appartient au Prince (le détenteur du pouvoir) de s’occuper des Ministres et de leur famille de sorte que les Ministres se consacrent intégralement à leurs missions et ce pour la réputation et la sécurité du dirigeant. Pour s’assurer que ses ministres se consacrent intégralement à leurs missions et ne le trahissent pas, le Prince doit mettre en place une stratégie de confiance basée sur une dépendance mutuelle.
En démocratie représentative, le Prince ce serait les électeurs/trices.
Qu’en est-il véritablement de nos jours de la confiance et de la dépendance mutuelle ?
Dans les mondes privés, nous pouvons appréhender cet équilibre: souvent charpenté en hiérarchie des rémunérations. Le Prince (c’est-à-dire les actionnaires) n’a rien à dire à défaut d’être majoritaire (ou dans une association dominante).
Dans les mondes publics, c’est beaucoup plus vaporeux. Le Prince (c’est-à-dire nous) a si peu à dire et encore moins à contrôler (au sens anglo-saxon (« to control ») de maîtriser.
Les situations se complexifient quand les mondes privés et publics s’entrecroisent.
Nous citoyens-électeurs-administrés-contribuables-consommateurs ne maîtrisons rien individuellement: et c’est peut-être bien ainsi.
Nous citoyens-électeurs-administrés-contribuables-consommateurs maîtrisons si peu collectivement. C’est devenu dramatique face notamment aux crises dont la plus importante est le surendettement des Etats et autres collectivités (dont les entreprises) touchées par ce fléau. Ce surendettement qui là où il se trouve réduit considérablement les possibilités de politiques nécessaires quand elles ne sont pas indispensables. Le drame provient des corps intermédiaires entre le Prince et les Ministres que ce soit des partis politiques, des syndicats professionnels (patronaux ou de personnes exécutantes), d’organismes institutionnalisés (mutuelles et assimilés) et d’autres lobbys.
La démocratie représentative ou coopérative – système qui doit permettre au Prince – d’impulser sa volonté est en régression pendant le fromage est grignoté quotidiennement.
N’est-il pas temps de l’approfondir pour ne pas la perdre cette démocratie?