Le surendettement des états: un gouffre … relatif? (2)

By | 29 juin 2026

Il n’est pas aisé de trouver des données normalisées (comparables) et ce pour une même année. Je dois donc citer plusieurs années.

  1. Belgique. : 58 168
  2. Italie : 52 520
  3. France : 50 354
  4. Autriche : 45 415
  5. Finlande. : 44 019
  6. Irlande : 38 377
  7. Luxemb. : 34 489
  8. Grèce. : 34 441
  9. Espagne : 34 438
  10. Allemagne: 33 981
  11. Pays-Bas : 28 946
  12. Portugal : 25 459
  1. Le produit intérieur brut (richesse produite en un an – en abrégé PIB): 620,3 milliards €
  2. La croissance du PIB annuelle: + 1,1 %: donc appliquée aux données de 2024, l’estimation du PIB 2026 serait de +/- 634 millards €
  3. La dette publique (DP): +/- 649,45 millards € (actuellement vu les déficits publics couverts par de l’emprunt, la dette publique belge se monte à:
    1. Dette publique (critères du traité de Maastrich = toutes entités intégrées): ≈ 690 à 692 milliards d’euros (fin 2025)
    2. Dette de l’État fédéral: ≈ 553 milliards d’euros (fin 2025)
  4. Le budget de l’état belge (déposé au parlement en janvier 2026):
    1. Le budget « dépenses » de l’état belge (parlement janvier 2026): – 171,7 millards €
    2. Le budget « Recettes » de l’état belge (parlement janvier 2026): + 159,4 millards €
    3. Soit un solde budgétaire négatif en janvier 2026 (c-à-d un déficit financé par la dette publique puisque l’état honore ses engagements dont les principaux sont le paiement des soins de santé, des pensions et des salaires des fonctionnaires) de – 12,3 milliards €. Nous savons à ce jour, que c’est beaucoup plus. 
  5. La richesse des Belges; le patrimoine net total des ménages (immobilier + financier + actifs professionnels – dettes) est estimé à +/- 2 534 milliards € (fourchette basse):
    1. Patrimoine immobilier net: +/- 1 270–1 280 Md€
      • Patrimoine immobilier brut: +/- 1 600 Md€
      • Encours des crédits hypothécaires: +/- 320–330 Md€
    2. Patrimoine financier net (actifs – dettes financières) +/- 1 264,4 milliards €
      • Actifs financiers bruts: +/- 1 622 Md€
      • Dettes financières: +/- 357,6 Md€
  1. PIB (moyen) par habitant: +/- 52 500 €
  2. Le rapport entre la DP et le PIB s’approche donc de 109 % (soit 690 milliards € / 634 millards €). Il s’agit d’un indicateur usuel utilisé notamment pour effectuer des comparaisons entre états ou de suivre l’évolution dans un état.
  1. Le montant du PIB n’est pas correct en ce sens que la comptabilisation n’est pas (et ne peut l’être d’ailleurs) complète:
    1. une personne qui fait le ménage chez elle n’est pas comptabilisée. La même personne qui travaille contre rémunération l’est. Est-ce marginal?
    2. que dire de toutes les prestations (imposées par l’état et derrière lui l’UE dans leurs délires régulateurs) d’une flopée d’experts, de fonctionnaires et de collaborateurs/trices afin de remplir des formulaires que personne ne lit (en les remplissant) et après souvent aussi.
    3. Dans les faits, le PIB est plus faible car il comprend une partie de « vent »; c-à-d des prestations sans « réelle » valeur ajoutée. Est-ce pareil dans tous les états?
  2. Le montant de la dette publique n’est pas correct en ce sens qu’il ne comprend pas toute une série de dettes réelles à venir. 
    1. les plus évidentes sont: les pensions/versus le vieillissement de la population (1 500 milliards d’euros, soit environ 2,5 fois le PIB belge selon M. B. Colmant – Colmant, B. L’État, face au vieillissement, peut-il éviter la faillite ? Entretien publié par La Dernière Heure, 2019.)
    2. ou encore le solde des pensions des agents de la SNCB (plus de 3,5 millards);
    3. ou encore l’activation à venir de la garantie (en dizaines de millards €) concédée par trois pays (Belgique, France et Luxembourg) à l’ex-banque Dexia lors de la déroute des « Subprimes »;
    4. ou encore les « hors-bilans «  , c-à-d des charges et garanties non inscrites dans les comptes publics mais dont nous savons tous et toutes qu’elles seront un jour ou l’autre prises en charge par l’état. Je pense aux dettes climatiques dont les plus évidentes sont les pollutions historiques qu’in fine la collectivité devra prendre à sa charge.
    5. Dans les faits, la dette publique est beaucoup plus élevée.
  3. Le ratio actuel de +/- 109 % entre la DP et le PIB devrait donc dépasser les 300 %. Heureusement, pas encore exigible 😉 .
  4. Le biais suivant relève « d’une sorte d’escroquerie intellectuelle », une sorte de « mensonge institutionnalisé ». Un marketing ancestral et planétaire. De quoi s’agit-il? Ce qui est en question est la comparaison de la DP avec le PIB. Si l’état est une personne morale à part entière (et en droit il l’est), le premier ratio devrait être de comparer la dette de l’état avec les revenus de l’état. Et là, nous retombons de haut. 690 milliards de dette publique à comparer avec 159,4 millards de recettes (et encore ce montant est trop faible puisqu’il s’accompagne d’un déficit de 12,3 millards €). Cela donne un ratio de +/- 433 % sans compter l’impact des biais précités.

Dans les faits, les comptes sont-ils faux? Vivons-nous avec de la monnaie de singe? 

Comparons ce qui est comparable: 

  1. La dette publique de l’état ne devrait-elle pas être comparée aux revenus du même état pour en déterminer la capacité de remboursement? 
  2. La dette publique de l’état ne devrait-elle pas être comparée aux actifs de l’état pour en déterminer l’actif net?
    • Et ici intervient un nouveau problème: il n’y a pas de comptabilité des actifs de l’état (et autres entités) ni de leur « rentabilité ».
    • C’est justement cette rentabilité qui permettrait d’évaluer l’intérêt des politiques publiques (instruction publique, formation et intégration professionnelle, soins de santé, services d’urgence (dt les pompiers), sécurités intérieure, extérieure,  juridique et sociale.
  3. Aujourd’hui, et depuis la nuit des temps, le Souverain (au sens de Hobbes dans le Leviathan) compare ses dettes avec le patrimoine des citoyen(ne)s-administré(e)s-contribuables pour en déterminer les prélèvements qu’il juge obligatoires afin d’équilibrer (ou pas) ses comptes. Là se situe le problème de fond à savoir le contrat social et l’adhésion des citoyen(ne)s-administré(e)s-contribuables aux prélèvements obligatoires. Le rapport de force voit les plus faibles (financièrement mais aussi socialement et mentalement) totalement démunis face au Souverain. Et je n’aborde pas ici l’objet de l’impact monstrueux sur la nature (dont la biodiversité).

Une richesse inégalement répartie mais existante.

L’état est engagé dans un processus – inépuisable en créativité des décideurs publics – de prélèvements obligatoires de tous ordres et partout. Cela conduit nombre de créateurs de richesse soit à réduire leurs ambitions et leur voilure soit à tenter par tous les moyens de réduire leur base (appelée assiette imposable). 

Cela fait au moins 50 ans que cela dure. En 1981, j’avais noté le renversement d’alliance des partis dits centristes (CVP (ancêtre du CD&V) – PSC (ancêtre des Engagés) qui quittent les socialistes du nord et du sud pour aller vers les libéraux (PRL (ancêtre du MR) et PVV (ancêtre d’Anders). Le PRL porte en étendard électoral un « stop à la rage taxatoire ».

Les coupes « brutales » visant à mettre de l’ordre dans les comptes publics (quand c’est déjà très tard) induisent mécontentement, et instabilité sociale. Cette instabilité sociale adjacente à l’instabilité législative mine toutes les énergies.

Tout ce qui précède montre un rapport de force négatif des dirigeants (de grosses structures privées ou publiques) face au plus grand nombre mais aussi l’isolement des entrepreneurs.

Le récent épisode médiatique du Président des Engagés (avec son idée de nouvelle taxe sur le patrimoine) face au phare que représente la société Odoo – portée par son dirigeant – est une preuve éclatante.

Le monde Keynésien contre celui de Schumpeter.

Le pouvoir concentré contre celui qui est décentralisé parce que c’est celui du faire.

Le pouvoir contre le pouvoir de faire.

Comment faire pour régler de manière structurelle cette lancinante question des dettes publiques et des budgets structurellement en déficit depuis des décennies?

Comment libérer les énergies créatrices de valeur pour la société?

Comment (re)construire la confiance si tant est qu’elle ait jamais existé collectivement? 

Arrêter de faire croire que les pouvoirs publics peuvent tout ; la seule chose qu’ils font est de « vendre «  des sentiments de sécurité contre des rétrécissements effectifs des libertés. Ces rétrécissements entraînent un appauvrissement économique, intellectuel et moral.

Selon les points de vue politique: pour les uns, il n’y aurait pas assez de recettes (fiscales) nées de l’accroissement continue de richesse depuis 50 ans; pour les autres, il y aurait trop de dépenses publiques. Sans aucun doute, ce sont les deux.

Indiscutablement oui.

Il faut autre chose.

Voir le billet à venir.

Sources:

  • Banque nationale de Belgique. Household wealth and wealth inequality in Belgium and the euro area: an overview. Bruxelles : BNB, 2024. 
  • Banque nationale de Belgique. Rapport 2024 – Développements économiques et financiers, encadré « La richesse des ménages et sa répartition ». Bruxelles : BNB, 2024. 
  • Banque nationale de Belgique. Comptes financiers de la Belgique – Patrimoine financier des ménages, année 2024. Bruxelles : BNB, 2025. 

A.. La répartition approximative de la richesse selon la BNB

Pour les ménages belges, la composition du patrimoine peut être résumée ainsi :

CatégoriePart approximative
Immobilier56 %
Actifs professionnels (entreprises, indépendants)20 %
Dépôts bancaires14 %
Actions, fonds, obligations, assurances-vie, etc.10 %

Cette structure distingue la Belgique de nombreux pays européens par une forte détention d’actifs immobiliers et un patrimoine financier important, marqué par une préférence historique pour les produits d’épargne. 

Le patrimoine net total équivaudrait à près de cinq fois le PIB belge officiel 

B..  En 2000,  j’ai co-écrit (et co-publié aux éditions Luc Pire) avec le philosophe Olivier Boruchowitch l’essai « Le train fou de la dette publique, tout le monde descend ».

A ce moment, le montant de la dette publique belge était de 976 850 BEF par habitant (soit 24 215 €).

Si vous rapportiez cela au nombre de personnes en âge de travailler et de celles qui travaillent effectivement, vous arriviez à un montant de 2 567 394 BEF (soit 63 644 €).

En 2026, il y aurait selon les données officielles 5 140 000 personnes actives occupées en Belgique. 

Sources :

STATBEL. Le taux d’emploi se stabilise à 72,8 % au premier trimestre 2026. Bruxelles : Statbel, 9 juin 2026. Disponible sur : Statbel – Le taux d’emploi se stabilise à 72,8 % au premier trimestre 2026. Consulté le 29 juin 2026.

STATBEL. Emploi et chômage. Bruxelles : Statbel, 2026. Disponible sur : Statbel – Emploi et chômage. Consulté le 29 juin 2026.